Assistance méthodologique en autonomie dans le cadre des recherches et des mémoires de maîtrises, DESS, DEA et doctorat.

Atelier proposé par Mohammed MELYANI, colloque de Barcelone

 

En partant du constat du blocage des étudiants face à l’outil statistique et informatique d’analyse des données, et dans le cadre de la pratique méthodologique que nous avons mis en place : aider les étudiants (et des chercheurs) à développer une autonomie dans l’art d’analyser les données de recherches (et de faire parler les chiffres et la réalité du terrain). Cet atelier veut proposer une épistémologie de la pratique, une démarche (et une expérience pratique) d’assistance méthodologique en autonomie à des étudiants-chercheurs (inexperts en statistiques et méthodologies de recherches). Le contexte retenu est celui d’une approche d’autoformation méthodologique qui ne s’éloigne pas des situations concrètes, basée sur l’exploration, l’expérience et la restructuration des données méthodologiques, à partir de principes et stratégies qui incitent l’utilisateur des statistiques et des techniques méthodologiques, à se pencher sur ses propres processus de « penser-calculer-chercher » à partir de solution intuitive, c’est-à-dire avoir une activité métacognitive qui permette de faciliter cette assistance en autonomie dans un contexte ouvert.

   Nous montrerons comment un accompagnement méthodologique «ouvert » et autonome aide les étudiants à participer, le plus possible, le mieux possible, à l’apprentissage méthodologique et du réel, à développer un processus d'autorégulation nécessaire à la recherche, non seulement pour apprendre la rigueur méthodologique, pour construire grâce à la recherche un état de compétence, pierre après pierre, mais surtout pour que l'étudiant puisse plonger dans l'inconnu avec son bagage de connaissances, sa personnalité, ses forces, ses appréhension. Bref, il doit accepter de se laisser surprendre. Ce type d'accompagnement en autonomie implique la participation active de l'étudiant dans son processus d'apprentissage de la recherche. Apprendre la patience, le temps, l’observation, l'exploration et l'expérience acquise en contexte, comprendre le poids de l’enquête et de l'investigation, la force du terrain, accepter l’échec comme source de richesse..., c’est déjà là une approche méthodologique qui ne s'éloigne pas de situations concrètes, d’apprentissage par l’action, et surtout de la restructuration des savoirs et savoir-faire.

 

   Puis nous analyserons quelques « stratégies » méthodologiques et de recherches à partir d'entretiens et d’observations menés auprès d’étudiants menant des recherches et des mémoires de maîtrises, DESS, DEA et doctorat. Nous présenterons certains des résultats afin d'identifier des chemins et des manières d’effectuer un parcours de recherche. Alors que l’enseignement traditionnel de la méthode évoque l’idée des règles totalement justifiées et totalement efficaces, de la voie droite et du chemin le plus court pour trouver ou formaliser la solution à une recherche..., nous avançons que ces démarches n’ont jamais produit que ce qui était déjà trouvé. Elles n’ont jamais suscité de découverte. Elles sont plus un art du discours qu’une théorie de la créativité[1]. Nous adhérons à l'hypothèse selon laquelle la méthodologie de la recherche doit être un chemin (ou un parcours) extérieur aux voies droites; que tout acte de méthode radical (ou fermé) dans sa rigueur ( hors de l’action) restreint le nombre des occasions qu'a l’étudiant de découvrir et d'explorer le monde par lui-même.

 

       Le travail que je présente dans ce colloque concerne l’art d’acquérir l'intelligence de l’objet par la confrontation autonome et libre au réel. En se basant sur dix ans d'expérience d’enseignement et accompagnement méthodologique des mémoires, un travail de recherche a été entrepris dans un premier temps sur une petite échelle, afin de formaliser et d’explorer l’hypothèse de l’autoformation méthodologique chez les étudiants menant une recherche dans le cadre de leurs études.

 

   L’objectif principal de la recherche est d’établir s’il existe des manières novatrices d’aborder l’enseignement de la méthodologie de la recherche, capables de donner un élan à la créativité et de participer à la construction de l’autonomie du futur chercheur. L’homo creator que nous recherchons peut-il naître de cette initiative? Comment s’y prendre concrètement ? Est-ce par une formation par l’action, ou par un accompagnement méthodologique en autonomie ? Ou par des cours théoriques ?

 

       Plusieurs qualités « méthodologiques » doivent être développées et mobilisées chez les étudiants préparant un mémoire. C'est un système de va-et-vient multivariés entre théorie et pratique.

· D’abord, « décoder » et décortiquer une réalité : pour cela l’étudiant doit s'entraîner à analyser pour identifier (construire des indicateurs) et mesurer (construire des tests, des tableaux d’analyses,...) ce qui entre dans un terrain ou une problématique complexe.

·      Ensuite, rassembler et regrouper les éléments : l’étudiant doit acquérir une faculté de synthèse qui lui permette de mettre en lumière, en exergue, les composantes essentiels d’un fait et de les combiner pour caractériser les performances attendues. Cette capacité de synthèse que l’étudiant développe en méthodologie de recherche; porte en elle une part de créativité, non parce qu’elle aboutit à l’énumération d’idées neuves, mais parce qu’elle permet de recomposer des éléments connus dans une perspective nouvelle. La formule de Laplace illustre bien cette démarche synthétique: «rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme ». 

·      Enfin, faire parler la réalité et d’interpréter les donnée  : l’étudiant doit être capable de faire parler des chiffres, des graphiques, de conceptualiser et de formaliser les solutions.

 

L’hypothèse du projet d’autoformation méthodologique chez les étudiants s’appuie sur un sujet cherchant et choisissant, inventif et créatif, autonome et libre , désirant trouver et explorer.., inclus dans un champ social et travaillant dans un contexte ouvert.

 

1.   Assistance méthodologique en autonomie et contexte ouvert.

 

Il existe en gros deux manières d'aborder le problème général du suivi méthodologique des étudiants, afin de les aider dans la formalisation des connaissances et dans la construction méthodologique.

 

·      Ou bien, on travaille à l'intérieur d'un contexte déjà formalisé, c'est-à-dire un cours général bien préparé et bien structuré.

·      Ou bien on travaille face à un contexte informel et ouvert. Il n'y a pas de cours structuré ; mais en partant de situations pratiques, les étudiants s’engagent dans un processus de recherche de solution méthodologique de ce que l'on en sait et de ce que l'on peut en dire...

 

Pour mémoire, la première approche sera qualifiée de "fermée" et la seconde d'"ouverte" ou d'"autonome". Il n'est pas inintéressant de voir derrière cette approche, un enjeu important quant à la relation entre théorie et pratique d'une part, et autoformation et formation d'autre part. A ce titre, un "étudiant" est quelque fois sollicité pour "appliquer" une méthodologie sur une problématique (ou un terrain) et de produire un savoir formalisé à partir des résultats. Si la représentation qu'il se fait de sa théorie correspond plutôt à une approche fermée, il lui faudra imaginer quel modèle (ou cadre de référence) est le plus pertinent et les conclusions que l'on peut en tirer. Si la représentation correspond à une approche ouverte, "autonome" et autoformante, la question portera sur les données auxquelles il a accès pour formuler une hypothèse de départ.

Vues de cette manière, les deux approches ne sont pas forcément en opposition. En fait, elles peuvent être complémentaires. Pour être plus précis, elles sont en opposition, si l'on cherche à les mener de front sur un même problème. Elles sont complémentaires si elles sont mises en oeuvre séquentiellement dans le temps, en précisant à chaque fois le point de vue par rapport auquel on se place.

 

2 - Approche "ouverte", accompagnement autonome et temps de travail.

 

Si l'explication du rôle du temps est essentielle pour rendre fructueuse la relation entre les deux approches, c'est que ce terme n'a pas du tout le même sens dans les deux cas.

 

·      dans l'approche fermée, la pensée structurée sous forme de cours méthodologique théorique arrête le temps, même si on travaille sur une problématique, un modèle dynamique permettant de conditionner ces raisonnements, à une étape donnée, sur la réalisation d'événements antérieurs. Le passage du temps pour l'étudiant est fictif, le raisonnement est daté. Dans l'approche fermée, l'avenir ne peut prendre qu'une représentation formelle, et le sens pratique de la méthodologie se retrouvera en inertie, et donc particulièrement ambigu.

·      dans l'approche ouverte, le passage effectif du temps crée la pensée. Ou bien les choses se passent comme prévu sur le plan méthodologique et on n'apprend rien, ou bien elles ne se passent pas comme prévu et il faut remettre en cause l'hypothèse de départ. On a appris quelque chose, mais on ne sait pas forcément quoi, ce qui laisse le champ ouvert à l'autonomie d’explorer et d'apprendre.

 

La question de l'accompagnement méthodologique des étudiants en recherche porte plus particulièrement -dans sa pratique- sur les réactions d'un accompagnateur à avoir face aux actions de ces étudiants, actions anticipées comme possibles, mais écartées au nom de la théorie ou du cadre fixé au départ et qui, néanmoins, se produiraient.

Le but d'une assistance pédagogique autonome et méthodologique efficace, c'est de permettre à des étudiants, dans un système ouvert, de développer "des capacités de chercheur tout en ayant l'âme d'un ingénieur". Autrement dit, le cadre de cette assistance méthodologique en autonomie sera : l'ingéniosité, l'inventivité, l'intuition, la créativité, l'adresse et les astuces méthodologiques pour résoudre et formaliser certains problèmes de connaissances.

 

3 - Approche hypothético-déductive et approche inductive.

 

       Les étudiants qui entament une recherche sont-ils entraînés à se fixer des exigences méthodologiques et à respecter des obligations de résultats, tout en conservant une approche d'explorateur ?

       La réponse à cette question est complexe. Pour comprendre comment se forme la compétence du futur chercheur ou d'un étudiant capable de réaliser un mémoire de recherche, il suffit d'observer et d'analyser les formations dispensées par les universités. Schématiquement, dans le maquis de théories, des cadres académiques et des démarches méthodologiques classiques (entretiens, observations, questionnaires...), deux figures méthodologiques classiques émergent :

 

·      D'une part, l'axe hypothético-déductif où l'on enseigne la théorie et le discours sur la méthode, avant d'aller vers la pratique.

·      D'autre part, l'axe empirico-inductif qui emprunte le chemin inverse et part de l'expérimentation et du terrain pour remonter vers la loi générale.

 

Chaque méthode comporte ses avantages et ses faiblesses. Dans le premier cas, le raisonnement s'appuie sur un dogme (ou une théorie). Si l'hypothèse de départ est pertinente, en phase avec le réel, elle permettra d'expliquer celui-ci. Mais, si elle est déconnectée de la réalité -comme dans la plupart des cas-, elle sera plaquée sur le réel sans parvenir à l'éclairer. Dans le second cas, on favorise le sens de l'observation, l'autonomie et de la créativité, en partant d'un fait réel avant de remonter vers une loi qui peut se révéler, elle aussi, parfaitement fausse dans sa généralité.

Dans l'université française, l'essentiel de l'architecture pédagogique en méthodologie, (ou dans d'autres cours), a été conçu dans une logique hypothético-déductive. Dans ce système, la place accordée à l'observation du réel, à l'autonomie de l'étudiant et du concret est particulièrement faible. L'attitude des professeurs témoigne de cette tendance. Leurs cours sont largement fondés sur un enseignement académique, et ils sont incapables de définir l'objectif de leurs cours autrement qu'en reprenant le contenu lui-même. En donnant un exemple extrême, on pourrait dire qu'un professeur de méthodologie décrit son enseignement de la façon suivante :

- contenu : cours de méthodologie générale (qualitative ou quantitative).

- objectif : connaître la méthodologie (ou un discours sur la méthode).

 

       Pour autant, la méthode inductive n'est pas totalement absente des programmes de formation. Les TP (travaux pratiques) et les TD (travaux dirigés) ont pour objectif de permettre aux étudiants de constater, à l'occasion d'exercices (ou d'exemples) concrets que les théories méthodologiques, sociologiques ou psychologiques apprises produisent bel et bien les effets annoncés. Le système de travaux pratiques comporte deux effets pervers :

 

·      les thésards (et les chargés de TD) s'en sont faits une spécialité exclusive, tandis que les professeurs préféraient se réserver les enseignements considérés comme plus nobles. Et, dans certains cas, les TP et les TD ont fini par ne plus faire partie de l'évaluation des étudiants.

·      sur le plan pédagogique, les TP et les TD comportent des limites. Conçus comme des exercices (analyse de textes, travail sur un problème abstrait...), sans lien les uns avec les autres, ils sont limités dans le temps. Lorsqu'une séance est terminée, on passe à la suivante. Que l'étudiant ait ou non compris ne change rien au rythme de l'enseignement. Par ailleurs, l'objet des TP et des TD n'est pas l'expérimentation, mais le constat. Dans ce système, à l'évidence, la créativité et l’autonomie de l’initiative de l'étudiant n'est pas sollicitée.

 

4- Accompagnement méthodologique, « inquiry[2] » et apprentissage de la recherche par l’action autonome.

 

       Une assistance méthodologique autonome à des étudiants menant des recherches, repose sur les principes suivants :

·      En premier lieu, l’accompagnateur doit créer un contexte d’apprentissage méthodologique et d’exploration ouvert; permettant de favoriser l’interrogation, la curiosité, l’autonomie et la créativité des étudiants: C’est « l’inquiry », notion chère aux Anglais, qui invite l’étudiant à se transformer en détective qui pose les questions qu’il faut (en Columbo), en bricoleur de génie (Mac Gyver), à mener l’enquête, à interroger le réel en examinant soigneusement toutes les solutions, à tester, à comprendre pourquoi certaines marchent et d'autres pas.

·      En méthodologie, précisément dans l'analyse des données d'enquête, l'étudiant ne doit rejeter aucune piste avant de l'avoir testée, explorée, tournée et retournée, exactement comme l'exige un problème d'expérimentation ou de recherche, justement comme le détective (Columbo) qui, dans son enquête, ne lâche pas la proie, avant d'avoir trouvé le coupable ou la solution du crime. Cette démarche éveille la curiosité et la créativité de l'étudiant, en offrant un espace de liberté et d'autonomie singulier, que, ni le cours traditionnel, ni le TD, ni les TP ne sont parvenus à susciter.

·      Cette espace d'autonomie, piloté et arrangé par l'accompagnateur n'implique pas pour autant le "grand bazar", ou un "joyeux bricolage". Car, et c'est sans doute l'une de ses principales performances, cet accompagnement méthodologique par l'action individuelle autonome offre (donne) un sens à l'exercice de cette liberté et autonomie. Les grands navigateurs et pilotes nous ont appris que ; "les vents ne profitent qu'à ceux qui connaissent les cap".

·       Grâce à cette démarche, l'intelligence méthodologique ne se limitera pas au fameux "je sais que", mais à un processus qui se résume par ce rapide croquis en 3 étages :

Etage 1:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Le dépouillement et le traitement d’enquêtes par logiciels statistiques semblent être une activité de conception au sens large, incluant les processus par lesquels les praticiens tels que les ingénieurs, les physiciens et les chercheurs agissent dans des conditions de complexité et d’incertitude. Dans l’accompagnement en autonomie, cette conception au sens large inclut des séquences de gestion de fichiers, de résolutions de problème, de recherche exploratoire, d’apprentissage par l’action et d’expérimentation; quoi qu’il en soit, de telle séquences sont toujours incluses dans un processus plus large de recherche   donnant du sens à une situation problématique et la transformant en un problème soluble.

La conception favorise la mise en relation de variables nombreuses et complexes et, par là-même, permet à l'individu d'appréhender, d'organiser et de donner un sens à son environnement physique et social.

 

       Le moment de l’exécution de l’action est guidé par les résultats de la recherche, et présuppose une « théorie » adéquate de la révision. Dans l’accompagnement méthodologique en autonomie, la pratique de révision - ou de non-révision -   des plans d’action ou des lignes de conduite, est conforme à des stratégies ou à des mécanismes ainsi justifiés comme raisonnable par l’étudiant.

       Au moment de l’exécution méthodologique, les étudiants développent une réflexivité, qui leur donne la capacité de chercher à comprendre les raisons d’être des structures de raisonnement qui sont les leurs et qu’ils acceptent, ainsi que des choix qu’ils sont amenés à effectuer .

       Le modèle de filtrage de possibilités, suivant lequel l’étudiant en situation de « décider méthodologiquement » a devant lui l’ensemble des mondes possibles et choisit le « meilleur », est invalide. Il n’y a qu’un monde possible, et la liberté de l’étudiant consiste à faire advenir le monde qui doit advenir.


 

        Etage 3:

 

L’interaction de l’étudiant concepteur de son enquête avec les matériaux de la situation problématique repose sur l’expérience de la surprise. Dans la démarche de l’accompagnement méthodologique, l’étudiant porte une appréciation initiale sur la situation, formule des intentions, invente des actions visant à réaliser ces intentions, et forme des anticipations de résultats. Mais les résultats sont souvent en décalage par rapport aux attentes, et c’est à ce moment que la surprise intervient. L’étudiant doit prendre en compte la surprise et y répondre en modifiant le déroulement de l’action, en modifiant le déroulement de l’action, en modifiant sa façon de concevoir l’action, ses intentions ou son appréciation, et en modifiant sa propre compréhension de la situation.

 

       Métaphoriquement, la surprise doit être comprise comme une « conversation » avec la situation, dans laquelle l’étudiant ou le chercheur « parle » à la situation et reçoit, ensuite, une « réplique » à laquelle il répond. Alors, l’étudiant ou le chercheur « écoute » la réponse, réfléchit sur sa signification et, sur la base de cette réflexion, restructure ses actions inventées et/ou ses premières appréciations et ses premières interprétations de la situation.

 

·      Ce parcours méthodologique ouvert (dans le sens ouvrir une voie maritime chez le navigateur explorateur), qui permet de tracer[3] le chemin en marchant, oblige l'étudiant à prendre des chemins, l'oblige à contourner tous les obstacles et le conduit au-delà de ce que les connaissances lui laissaient entrevoir au départ. La manière d’effectuer son parcours méthodologique, ressemble à celle de la feuille d’automne, détachée de l'arbre, qui va et vient..., avant d’aboutir; ou à celle d’un voyageur qui en errant, en dérivant, en divaguant, en se perdant et se retrouvant, il invente et il découvrant, il invente et il découvre. Il cela justement lorsque sa ruse est en échec[4].

·      La démarche permet aussi à l'étudiant de se socialiser avec les structures des données de recherche et avec les normes et les conventions. Cela lui permet également de

F tirer des leçons des expériences sur le terrain,

Fde poser et résoudre des problèmes d'adaptation à un environnement de recherche changeant,

Fd'accroître sa performance à travers une expérimentation répétée d'un ensemble de données sur machine,

Fd'analyser les échecs et d'empêcher leur réapparition, Fd'imaginer des scénarios "organisationnels" des données méthodologiques souhaitables et découvrir les moyens de les réaliser.

·      La démarche se réalise dans un contexte dynamique ouvert, en autonomie de l'action. L'intuition quant à la solution attendue dans ce contexte, l'exploration par l'action, la constitution d'un dispositif d'outillage, de tours de main, de bricolage et d'inquiry (d'enquête ou d'investigation)... Tous ces modes de recherches combinent le raisonnement intellectuel et l'action sur le réel, dans un parcours transactionnel de durée indéterminée. La démarche méthodologique en autonomie part du doute (ou de l'intuition) pour aller vers l'élimination du doute et le renforcement de l'intuition. L'étudiant ne reste pas à l'extérieur de la situation problématiques, tel un spectateur. Il est dans la situation et en interaction avec elle.

·      Dans cette démarche d'assistance méthodologique en autonomie, nous partons avec l'étudiant d'une situation problématique ou indéterminée -déroutante, obscure ou conflictuelle- et nous la transformons en une situation déterminée. Le rôle de la phase "enquête" "inquiry[5]" par exemple, est de montrer qu'il n'y a pas de solution définitive. L'enquête comme démarche "n'élimine pas le doute, mais "elle institue de nouvelles conditions d'environnement qui soulèvent de nouveaux problèmes", en permettant au système et à son contexte de rester ouvert.

 

Conclusion.

 

       L'ensemble des démarches constitue un tout autonome qui place l'étudiant en situation d'autosuffisance. Grâce au matériel de son kit individuel (ordinateur, logiciels de dépouillement d'enquêtes, imprimante, manuel d'accompagnement -ou cours-, fiche technique anticipant les contraintes que l'étudiant peut rencontrer, principe de la boîte à outils...), il est en mesure de faire toutes les "expérimentations" (dépouillements) demandées à l'université ou chez lui, à la maison. Je précise aux étudiants accompagnés qu'il est souhaitable qu'ils réalisent les traitements, seul ou avec des camarades, sans aucune béquille professorale. Cette demande n'est pas innocente, car elle délocalise "l'apprentissage méthodologique", hors des lieux sacrés des locaux universitaires. Or les étudiants ont souvent des comportements géographiques très typés : ils oublient toutes leurs connaissances sitôt franchies les portes de l'amphithéâtre.

Au bout du compte, l'accompagnement en autonomie est un passage, un parcours qu'il faut ménager aux étudiants, via l'apprentissage de la recherche. En l'empruntant, chaque étudiant passera par trois épreuves initiatiques ; il fera l'expérience de soi, celle de la connaissance, celle de la méthode.

       Pour les enseignants comme pour les étudiants, l'expérience montre que la méthode reste un concept vide tant qu'elle ne trouve pas à s'appliquer. L'accompagnement en autonomie d'une recherche fournit cet ancrage.



[1] Petitgand, M. Quelques propos sur la méthode. In Actes du colloque sur les conseils méthodologiques en éducation. 14-15-16 mars 1978. Paris, INRP, 1978. p.68.

[2] Méthode d’enquête qui invite l’étudiant à se trasformer en détective.

[3] Tracer, en randonnée, siginifie faire son chemin en marchant, baliser, enlever les herbes, les rochers et les pierres... et tracer la route, pour les suivants.

[4] PetitGand, M. Quelques propos sur la méthode. IN Actes du colloque sur les conseils méthodologiques en éducation. 14-15-16 mars 1978. Dec. 1978, Paris, INRP. pp. 67-70.

[5] Dewey,J. Logic : The theory of Inquiry. Holt, Rinchant and Wilson, New York, 1938. Traduction Française de G. Deledalle, PUF, Paris, 1993. p.8.